ENVIRONNEMENT ET MODE DE VIE

Géraldine DelbèsGéraldine Delbès, professeure, à l’Institut national de la recherche scientifique Centre INRS – Institut Armand-Frappier depuis 2012. Ses recherches portent sur la toxicité de substances environnementales et médicales sur le développement des cellules germinales mâles et sur l’impact d’une exposition fœtale sur la fertilité adulte. Elle est également membre du Réseau Québécois en reproduction (RQR).

Les perturbateurs de la fertilité masculine : exemples de perturbateurs environnementaux et pharmacologiques

Des données épidémiologiques suggèrent une diminution de la fertilité masculine associée à une diminution de la production des spermatozoïdes, une augmentation de l’incidence du cancer du testicule et des anomalies du développement du tractus génital chez l’homme et diverses espèces sauvages. Les données scientifiques s’accumulent, démontrant un effet néfaste de substances environnementales et médicales sur la fonction de reproduction chez l’homme; cependant, les mécanismes impliqués sont encore peu documentés.

 Le développement des cellules germinales mâles inclue la mise en place de la lignée germinale pendant le développement périnatal et la spermatogenèse qui s’instaure après la puberté et reste un processus dynamique tout au long de la vie. Les cellules germinales mâles représentent donc une population hétérogène et complexe, présentant des sensibilités variables aux xenobiotiques. De plus, du fait de ce dynamisme, la période de vie à laquelle un individu peut être exposé à des substances toxiques sera déterminante des potentielles conséquences sur la fertilité. Grâce à la mise en place de modèles d’étude in vitro et in vivo nous avons pu établir l’impact de composés à activité ostrogénique et de certains agents de chimiothérapie sur la prolifération cellulaire, l’intégrité génétique, les régulations épigénétiques et l’expression de gènes dans ces cellules.

 Les cellules germinales étant le support du patrimoine génétique entre deux générations, toutes altérations dans ces cellules pourraient avoir des conséquences sur la descendance. Comprendre l’impact des substances environnementales et médicales sur le développement et la qualité des cellules germinales est donc essentiel afin de pouvoir anticiper des conséquences sur la santé des futures générations.

Obésité et fertilité : Impacts d’une intervention interdisciplinaire d’adoption de saines habitudes de vie 

Matea BelanMatea Belan, étudiante au doctorat en sciences cliniques, à l’Université de Sherbrooke, sous la supervision de l’endocrinologue de la reproduction, Dr Jean-Patrice Baillargeon. Kinésiologue de formation, elle s’intéresse aux impacts de l’adoption de saines habitudes de vie dans un contexte d’obésité. Son projet doctoral porte sur l’évaluation du ratio coûts-bénéfices d’une intervention interdisciplinaire de changement des habitudes de vie chez les femmes obèses et infertiles.

L’infertilité touche environ 15% des couples et préoccupe notre société au point où le Gouvernement du Québec, depuis 2010, supporte la procréation assistée. Toutefois, les coûts de ce programme dépassent les attentes et les prévisions, et le Gouvernement envisage de le réviser. De ce fait, toute nouvelle approche se voulant d’augmenter la qualité des soins des patients infertiles tout en réduisant les coûts associés à la PMA est considérée comme une priorité par le Ministère de la santé et des services sociaux du Québec.

L’obésité est un problème de santé publique important qui, en plus d’être à l’origine de plusieurs maladies cardiométaboliques, contribue également à l’infertilité, aux complications de grossesses et néonatales, et même au développement précoce de l’obésité et du diabète chez les enfants. Il a été démontré qu’une perte de poids de l’ordre de 5-10% du poids total rétablit l’ovulation et améliore les taux de grossesses. Par contre, à ce jour, il n’existe aucun programme interdisciplinaire d’adoption de saines habitudes de vie ciblant cette population, pré- et per-grossesse, et qui est spécifique à notre système de santé canadien.

 C’est dans ce contexte que le Dr Jean-Patrice Baillargeon et son réseau pancanadien sur la santé et maternelle des femmes obèses et infertiles, composé de spécialistes en obésité et fertilité et de décideurs gouvernementaux, a mis sur pied une étude randomisée contrôlée dont les objectifs étaient de développer, implanter et évaluer les impacts d’une intervention d’adoption de saines habitudes de vie chez les femmes obèses infertiles, avant et pendant la grossesse, sur les issues de fertilité, de grossesse et néonatales.

Les résultats préliminaires de cette étude démontrent que l’intervention de changements des habitudes de vie ainsi qu’une légère perte de poids semblent être efficaces pour augmenter significativement le taux de grossesses spontanées chez les femmes obèses infertiles, comparativement au traitement standard.

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